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Il est par ailleurs conseiller des élus de l’agglomération de Pau Pyrénées, la première agglomération en France qui proposera dés cette année une connexion d’un débit élevé (10 puis 100 mégabits/s) pour 30 euros par mois, avec services associés en conséquence pour les foyers comme pour les entreprises. Une première, sinon mondiale, en tout cas européenne.
Localeo - Jean-Michel BILLAUT, le débit disponible par le fil du téléphone, ou le réseau câblé de télévision, n’est-il pas suffisant ?
JMB - Non, il n’est pas suffisant, si vous désirez mettre en œuvre des applications nouvelles comme la vidéo à la demande (VOD), la visiophonie (le « web conferencing »), le jeu interactif, la e-santé, la formation on line, la présentation de produits en 3D, la télévision interactive, etc.... La VOD par exemple nécessite pour regarder le film que vous voulez voir, un débit de 10, voire de 20 mégabits/s pour une qualité de type Télévision Haute Définition (TVHD), supérieure à celle du DVD. Nos concitoyens sont de plus en plus habitués à la qualité DVD, et consciemment ou non ils vont la réclamer pour tout ce qui est vidéo.
La visiophonie de bonne qualité nécessite aussi de la bande passante. Et si dans le foyer quelqu’un regarde un film et un autre fait une web conference ou participe à un jeu interactif, les débits nécessaires à chaque application s’additionnent. On arrive donc à un débit par foyer pour être à l’aise de 100 mégabits sur le point d’accès local. La règle en effet des professionnels en la matière est de doubler le débit a priori nécessaire, cela pour absorber les pointes.
Les entreprises par ailleurs dans tous les secteurs d’activité, qu’elles soient grandes ou petites, ont elles aussi besoin de haut débit pour exercer leurs activités, présenter leurs produits, et gérer leurs relations avec leurs fournisseurs et leurs clients (les foyers, les autres entreprises)...
On est donc très loin du « haut débit » proposé par l’ADSL (500 kilo-octets/s) sur le fil de cuivre du téléphone. Ou encore par le réseau câblé de télévision, ou par la Boucle Locale Radio (BLR), etc.
C’est donc une évidence pour moi : tout le monde a besoin de haut débit, comme tout le monde a besoin de routes ou d’électricité... Sans routes, sans réseau électrique, sans voies ferroviaires, ... bref sans infrastructures : pas de développement économique possible.
Le premier pays qui s’engagera dans cette voie du « vrai » haut débit, ou la première collectivité qui le mettra en place, aura sans nul doute un avantage compétitif sérieux sur les autres. C’est ce qu’ont compris les Suédois et les élus de droite comme de gauche de l’agglomération de Pau-Pyrénées.
De plus, les débits malingres qui nous sont proposés actuellement par les moyens traditionnels coûtent cher, très cher. Il faut donc autre chose, et c’est là où les collectivités locales vont devoir s’en préoccuper sous peine de voir leurs entreprises et leurs salariés aller ailleurs pour bénéficier de connexions haut débit à bas prix. Infrastructure haut débit et aménagement du territoire sont donc étroitement liés. Si vous n’apportez du haut débit que dans les grandes métropoles (là où il y a beaucoup de clients), et pas dans la France profonde (là où il y en a peu), vous renforcez par là même le pouvoir d’attraction de ces métropoles, au détriment de la « France d’en bas ». Et l’on accroît dans ces grandes villes, la circulation (donc la pollution), la hausse du prix du mètre carré, etc.
Localeo - On parle pourtant beaucoup de la société de l’Information...
JMB - Justement, il n’y aura de société de l’Information que si chacun dispose d’une connexion à haut débit à un prix de grande consommation. Seuls ces hauts débits permettront de mettre en œuvre de nouveaux types d’applications concernant la vie de tous les jours des administrations, des entreprises et des citoyens. Leurs relations dans les domaines de l’éducation, l’amusement, la santé, la gouvernance, la communication, le commerce en seront profondément modifiés. Ce qui créera de nouveaux métiers, de nouveaux marchés et donc de l’emploi. Et peut-être un rééquilibrage au profit de la « France d’en bas ».
Mais la mise en place d’une infrastructure à haut débit est un préalable indispensable.
C’est parce que nous avons d’abord développé le réseau routier, que les échanges ont pu ensuite se développer, et non pas l’inverse. Et l’augmentation des échanges est étroitement corrélée à l’augmentation de richesses d’un pays.
C’est ce que les Suédois, les Canadiens, les Coréens ont bien compris. Chez nous, les esprits bien intentionnés se demandent si Mme Michu a vraiment besoin de ces débits, ce qu’elle va en faire... C’est comme si ces esprits se posaient la question de savoir ce que fait Mme Michu de la route qui passe devant chez elle...
Et chacun de philosopher autour du problème de la poule et de l’œuf : pas de réseau haut débit, pas de nouvelles applications, et pas de nouvelles applications parce que pas de réseau haut débit. Et de se lamenter par ailleurs sur la fracture numérique !
Localeo - Que faut-il penser de cette fracture numérique justement ?
JMB - Mes parents ont eu le téléphone à la maison - je devais avoir 15 ans- au début des années 60. A l’époque, on ne parlait pas de fracture téléphonique (mais on se souvient du célèbre sketch du 22 Asnières)... Ceux qui avaient le téléphone étaient très satisfaits mais ceux qui ne l’avaient pas considéraient qu’ils n’en avaient guère besoin. Pourquoi donc dans ce cas parler de fracture ?
En revanche, avec l’Internet on parle aujourd’hui de fracture entre ceux qui y ont accès et ceux qui n’y ont pas. Effectivement je pense que dans l’inconscient collectif - et notamment de celui d’un certaine e-élite - on se rend compte que l’Internet c’est beaucoup plus que le téléphone ou la télévision... D’une certaine façon, c’est l’accès généralisé au savoir, à la connaissance, de façon simple, facile et peu coûteuse. C’est une révolution de ce point de vue.
C’est en ce sens que l’on peut à mon avis parler de fracture. Mais pour beaucoup de gens, la recherche de l’information, de la connaissance pour améliorer la vie de tous les jours, n’est pas quelque chose qui va de soi. On ne leur a pas appris. Avoir du haut débit ne suffit donc pas, il faut encore former, initier, montrer. Il y a encore un gros travail à faire en ce sens en France. Par ailleurs, il y a une autre fracture plus importante que celle de l’Internet. Car pour utiliser l’Internet encore faut-il savoir lire. Or, nous produisons si l’on peut dire par an environ 5 à 7% de jeunes qui ne savent pas très bien compter, ni lire... Donc qui ne sont pas capables de comprendre ce qu’il y a d’écrit sur un écran de micro-ordinateur...
Localeo - De façon plus générale, vivra-ton mieux avec ce haut débit ?
JMB - Votre question est intéressante, car peu de gens se la posent. Vivons-nous mieux dans la société industrielle avec son dernier avatar, la société dite de consommation, que dans la société agricole il y a 200 ans et plus ? Beaucoup d’entre nous répondrons oui. Le progrès technique (gaz à tous les étages, machines à laver, voitures, télévision, etc) nous facilite la vie...
Il en sera probablement de même avec la société de l’information par rapport à la société de consommation. Le gap entre les 2 sera probablement aussi important que celui constaté entre la société agricole et la société industrielle. Mais il sera certainement moins visible.
Les Américains ont une expression simple pour qualifier ce « vivre mieux », expression assez difficile à rendre en français : « it would be more convenient »... Par exemple, avoir la possibilité de regarder un film parmi 100.000 au moment que l’on choisit, c’est « more convenient » que d’attendre qu’il soit programmé par une chaîne de télévision traditionnelle. Vous ne trouvez pas ?
Suivre un cours d’anglais on line (si l’on désire apprendre cette langue) quand on habite l’Aubrac, c’est aussi « more convenient » que de devoir aller à la grande ville voisine pour suivre un cours en face à face, surtout l’hiver.
Rechercher une maison est aujourd’hui le processus économique le plus complexe, car l’accédant doit gérer lui-même des relations avec de multiples intermédiaires qui ne se parlent pas entre eux : agents immobiliers, journaux (petites annonces), banquiers (prêts), officiers ministériels (notaires) et autres fonctionnaires, sociétés de déménagements, gestionnaires d’eau, de gaz et d’électricité (pour arrêter les abonnements là on l’on vivait et les renouveler là où l’on va vivre)... On pourrait concevoir qu’un nouvel intermédiaire, fédérant les anciens, puisse s’occuper de tout grâce à l’Internet. Allez donc voir par exemple le site américain http://www.homestore.com. C’est le début du « more convenient » pour ce processus.
Et on pourrait multiplier à l’infini ce genre d’exemple... La société de l’information sera « more convenient » ou ne sera pas. Naturellement, on conçoit que cela ne soit pas du goût de tout le monde. Les éditeurs de musique par exemple n’aiment pas du tout les sites de Peer To Peer qui permettent d’échanger des morceaux de musique... Les différentes enseignes d’agents immobiliers ne voient pas d’un très bon œil la mise en commun de tout leur fichier de biens à vendre... D’un côté l’atomisation de l’offre, de l’autre le désir du consommateur/citoyen de disposer de tout sous sa souris...
Localeo - Mais comment faire pour avoir du haut débit pas cher pour tout le monde ?
JMB - Et bien, c’est simple : utilisons les nouvelles technologies. Car là comme ailleurs, l’organisation et la gestion des réseaux de télécommunication évoluent.
Sans entrer dans des détails techniques, disons que c’est la technologie de réseau utilisé par des millions d’entreprises dans le monde (donc une technologie complètement amortie) qui tend à remplacer les technologies habituelles utilisées par les opérateurs de téléphone. Pour faire court, ces derniers, pour gérer un réseau téléphonique utilisent des protocoles (SONET/SDH et l’ATM) qui ont été mis en œuvre pour gérer et écouler le trafic voix.
L’Internet est arrivé, et l’on s’est dit pourquoi donc le réseau téléphonique ne gérerait-il pas aussi les données ? Et l’on s’est aperçu que ce qui était bien pour la voix l’était moins pour les données (data). Certes c’est possible, mais au prix de multiples translations de protocoles, donc de matériels dédiés très chers, gérés par du personnel extrêmement pointu, etc. De plus le trafic voix n’augmente que de 1 à 2% par an, alors que le trafic data, lui, double tous les 6 à 9 mois ! L’opérateur historique, pour suivre la demande doit donc faire des investissements supplémentaires très importants dans des matériels pas tout à fait adaptés.
Dans les 200 millions d’entreprises du monde, au contraire, le protocole de télécommunications utilisé s’appelle l’Ethernet, très proche du protocole de l’Internet (TCP/IP). Il est amorti si l’on peut dire (un port Ethernet coûte 10 euros - alors qu’un port ATM coûte 1.500 euros).
Et les informaticiens ont fait évoluer ce protocole vers le Giga-ethernet, voire bientôt le 10 Giga-Ethernet, offrant les mêmes qualités de service (la fameuse QoS) que les protocoles gérant la voix. Bref, des débits extrêmement importants, d’autant plus que dans le même temps on faisait évoluer la technologie de transport sur la fibre optique (le DWDM).
Que peut-on retenir de ce fatras technologique ? Tout est prêt pour disposer d’une bande passante absolument pléthorique. Et puisqu’il y a pléthore, son prix va s’effondrer.
En fait une énorme bataille s’engage entre fabricants de matériels téléphoniques traditionnels et fabricants de matériels informatiques. Que cela soit dans le réseau filaire ou le sans fil. Car là aussi, c’est l’Ethernet qui est en train de bouleverser complètement la donne avec le fameux Wifi (802.11b et a). Et certains ne donnent pas cher de l’Umts (la suite du GSM dans la téléphonie mobile). Et Microsoft, comme d’habitude, attend au coin du bois, et sortira en fin d’années ses premiers téléphones - ordinateurs sous Stinger (un operating system dérivé de Windows).
Localeo - Il faudra donc refaire nos réseaux de télécommunications ?
JMB - Sinon les refaire complètement, en tout cas les adapter. Un réseau est composé de 3 éléments : le MAN (metropolitan area network), les backbones qui relient ces mans, et enfin la boucle locale (les fils de cuivre qui arrivent chez vous à partir du man).
Pas de problèmes pour les backbones qui sont déjà tous sur fibre optique. Les Mans, eux vont devoir être très certainement refaits en Giga Ethernet. De même d’ailleurs que la boucle locale, qu’il faut remplacer tous les 25 ans (oxydation...).
D’aucuns préconisent de remplacer le fil de cuivre par de la fibre optique.
La fibre a en effet 3 avantages importants.
Elle peut véhiculer des débits très nettement plus élevés,
Elle n’est pas soumise à l’oxydation ni aux champs magnétiques (ce sont des photons de lumière qui circulent dans la fibre et non des électrons).
Enfin, elle est neutre, technologiquement parlant. Car c’est en fait la technologie laser qui évolue, et non celle de la fibre. Vous posez une fibre. Il y a 5 ans, on y faisait passer un seul rayon lumineux (un lambda comme disent les spécialistes) modulant, grâce à la technologie laser, l’équivalent d’un débit d’un gigabits/s.
Aujourd’hui, dans la même fibre, on fait passer, du fait de l’amélioration des technologies laser, 128 rayons en même temps. Au lieu de un !
Toutes choses égales par ailleurs, le coût du gigabits transporté est donc d’un seul coup, divisé par 128. Et il n’y a eu aucun investissement supplémentaire à réaliser pour se faire sur la fibre. Sauf naturellement à changer les matériels d’extrémité.
Et demain c’est 256 lambdas que l’on fera passer...
La fibre est à mon sens la seule technologie actuellement qui permet cela, et à vue humaine, on ne voit pas très bien ce qui la détrônera... De plus, cette fibre peut être auto-portée par les fils électriques existants supportés par les poteaux électriques. Ce qui revient très nettement moins cher que de l’enterrer.
Localeo - Oui, mais est-ce aux collectivités locales de mettre en place tout cela ?
JMB - Qui d’autre ? En tout cas, le problème est loin d’être simple. Les opérateurs historiques hésitent et n’ont plus guère les moyens d’investir aujourd’hui dans cette reconversion. Dans cette situation difficile, ils préconisent d’user jusqu’à la corde leur réseau traditionnel et proposent de l’ADSL sur la boucle locale. En se gardant bien de dégrouper leur ligne, c’est-à-dire de les ouvrir à la concurrence, alors que la loi les y oblige.
En France il y a quelque 30 millions de lignes et seules 1.000 sont dégroupées. Quand on y réfléchit bien, on s’aperçoit que l’on s’est mis dans une situation absolument kafkaïenne... On ouvre la concurrence, les concurrents sur le dégroupage déclarent forfait. Du coup, les prix ne baissent pas comme on pouvait l’espérer. Donc un coup pour rien. Faut revoir la copie.
De plus les opérateurs historiques comme les alternatifs sont peu enclins à aller proposer du haut débit là où il n’y a pas grand monde, car ils sont tous soumis à des impératifs de rentabilité, notion pour le moins éloignée d’un service identique pour tout le monde sur le territoire quel que soit l’endroit où l’on habite...
Enfin dernier problème qui se rajoute là-dessus, il faut que le service du téléphone traditionnel continue de fonctionner car on ne peut d’un coup de baguette magique mettre en place ces nouveaux types de réseaux tout IP. Car la voix peut être numérisée et transiter sur un réseau Internet. Mais il faut assurer la transition...
Localeo - Y a-t-il des exemples dans le monde où ces réseaux commencent à se mettre en place ?
JMB - Oui. En Suède. A Stockholm par exemple 100.000 foyers environ disposent aujourd’hui de 10 mégabits/s (dans les 2 sens) sur une paire de cuivre pour 20 euros par mois. On croit rêver. C’est de l’Ethernet à domicile. Milan en Italie démarre de la même façon avec Fastweb. Aux USA, les petites villes du Middle-West, laissées pour compte par les opérateurs - comme il n’y a pas grand monde dans ces villes, ces opérateurs n’y font plus aucun investissement - prennent leur destin en main... Cas de Provido dans l’Utah, du Grant County dans l’est de l’état de Washington, de petites villes autour de Salt Lake City, de Palo Alto en Californie...
Ces collectivités locales créent de toutes pièces un nouveau réseau optique de bout en bout qu’elles financent par des emprunts obligataires municipaux amortissables sur 20 ans. La fibre est posée sur les poteaux électriques qui leur appartiennent, comme en France. Donc pas de travaux de génie civil. Ces collectivités peuvent être opérateur de télécommunications, au même titre que pour l’électricité ou pour l’eau.
Au total, le résident (foyer ou entreprise) dispose de ... 1 gigabits/s (vous avez bien lu !) sur le point d’accès local de la ville pour ... 40 $/mois. On croit là aussi rêver...
Le coût d’installation est de l’ordre de 2.000 $ (800 pour la pose de la fibre autoportée, clipsée sur le fil électrique) et 1.200 $ pour l’électronique en central et chez le particulier, qui dispose chez lui d’un hub ethernet posé à côté du compteur électrique (ce qui donne des idées à certains...).
Ce hub devient la prise unique car par lui et la fibre qui lui est attachée, le particulier donne ses coups de fils (avec visiophonie s’il le désire), se connecte à l’Internet, dispose au point d’accès central d’un serveur de 400 films qualité DVD, et reçoit tous les signaux hertziens ou satellitaires qui sont numérisés au point d’accès central. Donc plus besoin d’antennes disgracieuses sur les toits. C’est la convergence.
On notera que le particulier regarde les films venant du serveur sur... son appareil de télévision. Le hub Ethernet est en effet connecté au téléviseur par un boîtier adhoc. Ce qui va dans le sens de l’Histoire car le Congrès Américain vient de décider la fin des téléviseurs analogiques en 2006. Ils seront alors tous numériques. La convergence se fait donc par les tuyaux et non pas par le terminal. De plus, certaines études montrent que pour 1 $ investi, la collectivité locale en récupère 6. Car pour profiter de ces hauts débits, des entreprises nouvelles viennent s’installer avec leurs collaborateurs. Ce qui fait des impôts locaux en plus.
Localeo - C’est ce qui va se mettre en place à Pau ?
JMB - Oui. Depuis 2 ans, je cherchais un élu qui voudrait bien refaire « un Vélizy ». Vous vous en souvenez certainement, il y a 20 ans nous avons testé la nouvelle technologie de l’époque, c’est-à-dire le vidéotex, à Vélizy, petite ville de l’ouest parisien. J’y ai activement participé pour mon entreprise. Donc, plutôt que de faire de la philosophie en chambre, je me suis dit qu’il serait mieux de tester la chose en grandeur nature. J’ai donc vu beaucoup d’hommes politiques, de droite, de gauche, du Nord au Sud, de la France d’en Haut et de la France d’en bas comme on dit aujourd’hui.
J’en ai même emmené certains en Suède. Mais aucun n’a voulu me suivre pour des raisons les plus diverses.
Et par hasard je suis tombé sur les gens de Pau . Le Sénateur Maire de Pau et son staff, les élus de son agglomération (tout bords confondus) et l’élite économique locale ont dit « banco » : on va le faire. Un budget de 15 millions d’euros a été voté. Le réseau optique ouvrira mi- 2003. Pau voudrait opérer lui-même son réseau, au même titre qu’il opère en régie son réseau d’eau . Mais là comme vous savez, la loi l’interdit pour l’instant.
Localeo - Pourquoi les grands opérateurs de télécom ne s’y impliquent-ils pas ?
JMB - L’époque de Vélizy est bien loin. A ce moment, il n’y avait alors en France qu’un seul opérateur qui était une administration au service des citoyens. Aujourd’hui, depuis la déréglementation des télécom, les opérateurs ont tous des impératifs de rentabilité. Donc si vous habitez un bled en Corrèze par exemple, je peux vous dire que vous n’aurez probablement jamais d’ADSL et a fortiori encore moins une fibre optique. Sauf naturellement si un homme politique local ou ayant des racines dans cette magnifique région fait ce qu’il faut...
Voyant qu’il ne se passe rien dans ce domaine, certaines collectivités locales commencent, à l’image des petites villes américaines à prendre leur destin en main.
Je pense que d’autres villes en France, suivant l’exemple palois, vont s’y mettre...
Localeo - Le plan pour l’aménagement haut débit du territoire français, annoncé en juillet 2001, répond-il à ces exigences ?
JMB - Il est vrai que les pouvoirs publics, en confiant notamment ce chantier à la Caisse des Dépôts et en passant un accord avec RTE, la filiale de transport d’électricité d’ EDF, ont pris des initiatives intéressantes. Souvenons-nous également des engagements des candidats aux élections présidentielles, et notamment du Président CHIRAC qui a pris des engagements clairs.
Mais, là aussi, c’est plutôt le cadre européen qui devrait s’imposer. Pourquoi ?
Prenons l’exemple de Pau. Pau va être relié par un gros tuyau sur le point d’interchange à Paris. Supposez que les villes d’à côté (Tarbes, Bayonne...) fassent la même chose. Faudra-t-il que chacune ait son tuyau qui remonte à Paris ? On voit là l’utilité d’un interchange régional... Il y a un calcul économique à faire en fonction des prévisions de trafic local/local, local/extérieur. On pourrait même imaginer que le point d’interchange local, pour toute la zone pyrénéenne (française et espagnole) soit directement relié à celui de Washington aux USA...
Les Suédois n’avait pas vu ce problème. Je pense que c’est aux collectivités locales et aux Etats européens de faire ce plan...
Localeo - A vous entendre, on peut donc penser que les entreprises privées que sont devenues les opérateurs de télécommunications ne peuvent développer cela ?
JMB - Ce n’est pas qu’elles n’en soient pas capables, c’est qu’elles n’y ont pas intérêt. La notion de service public n’est plus présente dans le développement des infrastructures des nouvelles technologies. L’égalité d’infrastructure pour TOUS les citoyens quel que soit l’endroit où celui-ci se trouve n’est pas assurée. Dans nos démocraties en effet, outre le droit de vote dont chacun dispose, nous avons tous ou presque : une route qui passe devant notre maison, un fil électrique et téléphonique qui arrivent chez nous, et un accès au réseau hertzien de télévision. Et chacun paye le même prix grâce à divers mécanismes de péréquation. Je trouve que la démocratie a du bon.
Et bien, il devrait en être de même pour la fibre et le haut débit. TOUT LE MONDE y a droit. Pour cela il faut séparer l’infrastructure des services que l’on peut rendre sur cette infrastructure... La première doit être publique, la deuxième doit être privée. Les routes sont publiques, ensuite chacun achète le moyen de locomotion qu’il lui convient auprès d’entreprises privées.
D’ailleurs une question que l’on peut se poser : pourquoi dans cette vaste opération de dérégulation et de privatisation qui a démarré il y a une vingtaine d’années, pourquoi donc n’a-t-on dérégulé l’administration des routes ? (la célèbre DDE). Il faut être cohérent jusqu’au bout. On pourrait vendre nos routes à un conglomérat composé par exemple de Microsoft, de Citroën, de banques... Grâce à la technologie de Bill Gates, on remettrait en vigueur un octroi électronique (octroi que nos aïeux ont supprimé en 1789). On paie pour aller d’un point à un autre, même à pied (grâce au téléphone portable + GPS). On aurait des statistiques extrêmement précises sur l’utilisation des routes. Et il est peu probable que nos compères, motivés par le profit, entretiennent à l’avenir les petites routes de Corrèze, où il ne passe pas grand monde (sauf si un homme politique influent...).
Tout cela pour montrer que l’infrastructure dans une démocratie est un monopole que je qualifie de naturel. Il est donc logique que les collectivités locales qui sont propriétaires de leurs rues et routes se préoccupent de leurs artères de télécommunications.
Localeo - Quelle solution peut-on envisager alors ?
JMB - Ma recommandation est de séparer l’infrastructure des services, en créant alors pour la première (l’infrastructure) une administration de type de celle gérant les routes, une espèce de DDE de télécommunications où la notion de service public serait préservée.
Pour joindre Jean-Michel BILLAUT : billaut@billaut.com
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